décembre 9, 2022

POUR LES OUAGALAIS L’ETAT EST LA PRINCIPALE CAUSE DU RECUL DU SECTEUR CULTUREL : BILAN A MI-PARCOURS DE NOTRE SONDAGE ET PERSPECTIVES

I-RAPPELS ET MISE EN CONTEXTE

En tant que blog intervenant dans le domaine culturel nous avons pris sur nous de mener cette étude au vu depuis un certain temps de plaintes récurrentes d’acteurs culturels sur les réseaux sociaux par rapport à certaines situations dans le secteur culturel qui semblaient les déplaire. Parmi ces situations déplaisantes nous pouvons citer entre autres, le manque de valorisation de notre patrimoine humain et culturel de leur vivant, la priorisation d’artistes étrangers par rapport aux nôtres dans les évènements de grande envergure et bien plus encore.

Vu l’ampleur de ces mécontentements exprimés, il était de notre devoir en tant qu’acteurs des tics intervenant dans la culture de faire des propositions de solutions. C’est ainsi que nous avons eu l’idée de ce sondage. L’objectif était de réunir le maximum d’avis des populations et des acteurs culturels, de les capitaliser, les analyser pour en faire une plateforme de plaidoyer. La particularité de cette démarche contrairement aux interventions individuelles et disparates serait de mutualiser les efforts des acteurs sur des points et intérêt communs et proposer des solutions sur la base de données statistiques.

Ledit sondage se fait sous deux formes, la première est un sondage en ligne accessible a tous de partout dans le monde. Le deuxième sondage se fait en présentiel avec les acteurs culturels clés. Pour un début, avec les moyens dont nous disposons, nous avons réussi à obtenir 121 réponses pour le sondage en ligne et une dizaine d’acteur culturels clés pour le présentiel. De ces derniers on peut citer Shadow Stone (Tokora Production), Romi Ido (W Prod), Enock (H Factory), Leonel (Leo on The Beat), Raywox (DC Factory), Armel Ilboudo (Destiny Picture). Nous avons aussi des promesses de réponses d’acteurs culturels comme Hervé Honla, Peti Jeanno, Tidi Ouedraogo et bien d’autres.

Vu l’insignifiance du nombre et le manque de représentativité d’acteurs culturels ayant répondu à la deuxième forme de sondage, nous allons nous atteler à l’analyse des résultats du sondage en ligne qui, même s’il n’est pas exhaustif, est peut-être représentative de l’opinion d’une certaine population dans un espace donné. Nous espérons, dans la phase 2 du sondage, recevoir plus de réponses et réactions plus riches pour un meilleur rendu.

II-SUR LE PLAN DU GENRE ET DE LA DEMOGRAPHIE

Sur les 121 personnes ayant participé au sondage en ligne, seul 108 avec des âges compris entre 19 et 48 ans ont pu remplir correctement le formulaire. Parmi ces 108 personnes il y a 14 femmes et 94 hommes. Nous analyserons alors les données sur la base de ces 108 contributions valides.

1-Les tranches d’âge des participants :

De 18 à 25 ans : 57
De 25 à 35 ans : 43
De 35 à 48 ans : 08
Total : 108

2-Provenance des participants (par ordre décroissant) :

Ouagadougou : 77
Bobo Dioulasso : 10
Fada N’gourma : 04
Ouahigouya : 04
Koudougou : 03
Paris : 02
Tunis : 01
USA : 01
Kaya : 01
Loumbila : 01
Houndé : 01
Niangoloko : 01
Houndé : 01
Total : 108

III-A PROPOS DU TAUX DE CONSOMMATION DE LA MODE, DE L’ARTISANNAT ET DE LA MUSIQUE AU BURKINA.
Il s’agissait pour chaque participant de donner son appréciation sur le taux de consommation de la mode, de l’artisanat et de la musique burkinabè.

1-Appréciation du taux de consommation de la mode au Burkina :
Sur les 108 participants, 103 ont donné une réponse intelligible. Résultats :

Insuffisant (- 50 %) : 75
Bien (50-60 %) : 22
Très bien (+ 60%) : 06
Total : 103

Observation : Il est surtout ressorti la cherté des tenues made in Burkina, les rendant difficilement accessible pour le citoyen lambda.

2-Appréciation du taux de consommation de l’artisanat Burkinabè :
Sur les 108 participants, 106 ont donné une réponse intelligible. Résultats :

Insuffisant (- 50 %) : 64
Bien (50-60 %) : 39
Très bien (+ 60%) : 03
Total : 106

Observation : La plupart des commentaires concernant l’artisanat laissent entrevoir un sentiment délaissement presque total de ce secteur. Le SIAO serait la seule lucarne par laquelle ces acteurs sont valorisés et cela n’est pas suffisant.

3-Appréciation du taux de consommation de la musique Burkinabè :
Sur les 108 participants, 106 ont donné une réponse intelligible. Résultats :

Insuffisant (- 50 %) : 72
Bien (50-60 %) : 27
Très bien (+ 60%) : 06
Total : 106

Observation : Le sentiment est globalement positif. La plupart des participants disent que le taux de consommation est bas mais n’oublient pas de dénoter une nette progression ces derniers temps. Ils ne sont pas contents de la situation de la musique burkinabè mais ont cependant une lueur d’espoir en l’avenir. La ‘’nouvelle génération’’ est beaucoup évoquée dans ce sentiment d’espoir.

Conclusion générale du III : Le sentiment général est négatif par rapport au taux de consommation de la mode, de l’artisanat et de la musique burkinabè. Les 108 personnes sondées s’accordent sur une insatisfaction vis-à-vis de ces questions.

VI-CONCERNANT LES CAUSES DU DEFICIT DE CONSOMATION ARTISTIQUE, MUSICAL ET ARTISANAL LOCAL BURKINABE
Il s’agissait pour les participants d’énumérer ce qui selon eux, causaient le manque d’engouement des burkinabè envers la mode, l’artisanat et la musique locale. Libre choix était donné au participant de s’exprimer sur la question. Les interventions tournaient autour d’un certains nombres de grands points que nous avons réunis ici pour vous. Ce décompte n’est pas lié au nombre des participants mais plutôt au nombre de fois que ces mots sont ressortis dans les réponses. Les voici (par ordre croissant) :

Piratage des œuvres musicales : cité 01 fois
Acteurs culturels (Manque d’organisation, manque de soutien des jeunes, manque de soutien mutuel, manque de convergence) : cité 11 fois
La pauvreté (Manque de moyens des acteurs, manque de ressources des artistes, cherté des services audiovisuels) : cité 11 fois
Influence de l’Extérieur (Excès de promotion des choses d’ailleurs) : cité 24 fois
Mentalités (Manque d’amour propre des burkinabés, mépris de ce qui vient de chez nous, sublimation face à ce qui vient de l’extérieur) : cité 26 fois
Médiocrité (Manque de professionnalisme des acteurs culturels, manque de qualité des œuvres artistiques, manque de sérieux dans les carrières musicales, managériales ou de producteurs) : cité 28 fois
Manque de Promotion (Manque de mise en avant des artistes nationaux par rapport à ceux de l’extérieur sur toutes les plateformes d’expressions artistique et de communications) : cité 30 fois.
Désengagement de l’Etat (Manque de soutien, manque de subventions, manque de mesures fortes, non prise en compte des acteurs culturel, négligence du secteur culturel) : cité 30 fois
Observation : A en croire les réponses des participants il y a essentiellement 8 problèmes principaux qui gangrènent le secteur culturel burkinabè et principalement, le manque d’engagement réel de l’Etat envers le secteur culturel, couplé au boycott interne des efforts des artisans et artistes par le manque de promotion de leurs œuvres. En troisième position vient le manque de professionnalisme très souvent évoqué qui semble venir justifier les deux principales causes.

V-PAR RAPPORT AUX PROPOSITIONS DE SOLUTIONS POUR UN SECTEUR CULTUREL EMERGEANT A MEME DE CONSTITUER UN LIVER DE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE :
Dans cette derrière partie il était question pour les participants de donner des idées, faire des propositions qui selon eux pourrait solutionner les problèmes qu’ils ont évoqué plus haut et contribuer à l’émergence du secteur culturel pour le bonheur de tous les burkinabè. Ici aussi les réponses ont été aussi diverses que variées mais nous avons pu les réunir autour de points essentiels. Les voici par ordre croissant :

Exportation (Produire des œuvres artistiques, musicales et artisanales à même de s’exporter à l’international) : cité 03 fois ;
Financement (Financer, les artistes, les promoteurs, les acteurs culturels pour la réalisation de leur projets) : cité 11 fois ;
Soutien Mutuel (Concertations entre acteurs culturels, coordination conjointe des actions, fin du clanisme) : cité 17 fois ;
Sensibilisation (Sensibiliser aimer nos artistes, à valoriser notre patrimoine culturel, a être fier de nos compétences) : cité 18 fois ;
Formation (Formation des artistes, des managers, des promoteurs d’évènement, de tous les acteurs) : cité 19 fois ;
Professionnalisation (Produire du travail professionnel, mettre du sérieux dans le travail quel que soit le type d’acteur, produire de la qualité) : cité 21 fois ;
Réformes (Allouer plus de fonds aux acteurs culturel, revoir le budget du secteur culturel, rendre obligatoire la consommation musicale locale, exiger la formation avant exercice dans le secteur, exiger la priorisation du made in Burkina, recadrer sérieusement le secteur) : cité 63 fois.

Observations : Ici la plus grande partie s’accorde à dire que le vrai changement dans le secteur culturel devrait nécessairement venir par l’Etat. Celui-ci devrait donner le ton pour que tous les autres changements puissent s’imposer d’elles même. Notamment en structurant le secteur et en mettant en place les conditions de son épanouissement. L’institution des réformes ci-dessus citées devraient résoudre par les moyens de l’Etat le problème des financements, de la formation et de la sensibilisation. Les acteurs du secteur pourraient alors s’atteler avec ces outils mis à leur disposition par l’Etat à une meilleure professionnalisation a leur niveau.

CONCLUSION ET PERSPECTIVES :

Par ce sondage on a déjà une vue miniature du sentiment de la population vis-à-vis du secteur culturel, notamment celle de Ouagadougou qui fait plus de 50% des participants. Tout en ayant conscience que le seul échantillon des Ouaga, de surcroit ceux qui sont en ligne, ne pourrait traduire en aucun cas la pensée générale de tous les burkinabés, nous aimerions à considérer ce sondage et ses résultats comme une première phase, afin de se faire une expérience et perfectionner la méthode. Pour la seconde phase, plus large qui se tiendra de Janvier à fin Mars, nous comptons obtenir un nombre bien plus grand de participants, des burkinabés des 13 régions du Burkina et aussi de la diaspora.

Pour la phase II, nous espérons pouvoir aussi faire un bilan pertinent du sondage physique dédié aux acteurs culturels clés, dont l’apport et l’accompagnement est plus que nécessaire si nous voulons arriver a des solutions consensuelles et bénéfiques pour tous. Nous espérons aussi au soutien et contributions de toute bonne volonté qui pourraient nous aider à réaliser ce projet, celui de créer un secteur culturel a notre image, ouvert à l’international, un levier économique puissant pour notre pays.

RABO Cheik Abdoul Kader/JodalaBoss

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